Les systèmes d'émulation en milieu scolaire
Par Laurence Lavallée, M.Sc. Psychoéducatrice
Les systèmes d’émulation font désormais partie du décor dans la majorité des écoles québécoises. Pourtant, loin de faire l'unanimité, ils se retrouvent au cœur d’un débat polarisé : d’un côté, certains intervenants les adoptent aveuglément comme solution miracle ; de l’autre, plusieurs les rejettent en bloc.
Entre ces deux extrêmes, comment naviguer avec justesse et rigueur clinique ?
Premièrement, les systèmes d’émulation, également désignés par le terme "systèmes de renforcement", font référence à un outil structuré où l'élève reçoit immédiatement un renforcement à la suite d'une manifestation comportementale attendue par l'adulte. Dans les milieux scolaires québécois, ils sont principalement utilisés afin de (1) gérer les comportements perturbateurs en classe, et (2) encourager la motivation scolaire.
Tirant leurs origines de l’approche comportementale ou béhavioriste, qui soutient qu’un comportement a plus de chances d’être répété s’il est suivi d’un renforcement, leur actualisation dans les milieux tend à s’éloigner de leurs fondements béhavioristes.
En effet, dans les milieux scolaires, ils prennent différentes formes, comme en témoignent les systèmes de gains, de pertes ainsi que de gains et pertes.
- L'accumulation de jetons : Points, argent scolaire ou étoiles échangeables contre des privilèges (p. ex., du temps d’ordinateur, un dîner avec l’éducatrice spécialisée).
- Les systèmes de couleurs : Une classification visuelle et publique des comportements, menant souvent à des conséquences en fin de journée.
- Les systèmes de retraits : L'inscription de crochets au tableau, annonçant une perte graduelle de privilèges.


Du côté clinique, de nombreux intervenants du secteur de l’éducation et de l’enfance se positionnent quant aux impacts positifs ou négatifs possibles de l’utilisation de ces systèmes. Plusieurs les rejettent, postulant qu’ils nuisent à l’estime de soi et à la motivation.
Du côté de la recherche, les auteurs présentent des conclusions divergentes quant à leurs impacts, qui sont basées sur des modèles théoriques différents, principalement le modèle cognitif et le modèle béhavioriste. L'un des points centraux de désaccord porte sur l'impact du renforcement sur la motivation intrinsèque :
- Certains auteurs stipulent que l'utilisation du renforcement nuit à la motivation intrinsèque.
- D'autres stipulent que l'utilisation du renforcement n'a aucun effet délétère sur la motivation intrinsèque.
La réponse à ce débat est loin d’être simple et binaire. Pour se positionner de manière éclairée, il devient essentiel de comprendre les nuances des théories, mais aussi d'analyser d'un œil critique les failles méthodologiques de certaines études. En apparence simple, le sujet des systèmes d’émulation en contexte scolaire s’avère donc, en réalité, très complexe.
En tant que professionnels de l'intervention, nous avons la responsabilité de fonder notre opinion clinique sur l’expérience, mais également sur les données cliniques et de recherche. L’un des principaux problèmes reliés à l’utilisation des systèmes d’émulation est qu’ils sont actuellement implantés principalement sur la base du transfert d’expérience.
Le sujet des systèmes d'émulation étant vaste et nuancé, une formation de trois heures a été développée afin d'explorer plus en profondeur les fondements théoriques, les données de recherche et les enjeux cliniques associés à leur utilisation. Ancrée dans la réalité terrain, elle explore :
- Les fondements des systèmes d’émulation: leur origine exacte et leurs dérives actuelles.
- Les données issues de la science : les données de recherche et les limites de ces dernières.
- L’expertise d’ici : la perspective des experts de l'éducation au Québec.
- Des solutions innovantes à intégrer à la pratique : des alternatives concrètes, éthiques et bienveillantes en classe.

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